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Dr. Strangelove
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Messages: 329
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Posté le:
29 Juil 2008 à 19:42 Sujet du message: Michelangelo Antonioni |
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On s'en fout de la biographie.
La peinture et Antonioni, ça donne Bruegel, "La Chute d'Icare".
Ainsi, voyons The Passenger (Profession: reporter): ce qui déconcerte c'est que ici et là, l’essentiel, la mort du héros, a eu lieu hors champ; si Icare est visible sur le tableau, il n’occupe pas le centre de l’espace pictural, du drame, comme y inviteraient le titre, le mythe.
Mais où il est donc, cet homme?
C’est la leçon que retient Antonioni de la chute d’Icare… le héros, se noie, sans que personne ne le remarque, il meurt un peu comme Nicholson à la fin du film, un peu comme le couple délaissé dans La Notte, ou le cri incessant de la bourse, oublié dans L'Eclipse.
Le regard circule sur la toile, à la recherche d’Icare, qui devrait constituer, comme l’exige le titre, l’élément central du tableau; or rien de mythologique, d’extraordinaire n’est visible sur l'image; un paysan laboure, un berger rêvasse appuyé sur son bâton, un pêcheur, de dos, absorbé, tend son fil; chacun est occupé à sa tâche, sans rien remarquer, les regards ne se croisent pas; tout est là, ordinairement là, la nature, le soleil, le ciel, la mer, les montagnes, les hommes et leur besogne, la vie va; tout se passe presque exactement comme à la fin de Profession reporter ou ses autres films; l’essentiel, le métaphysique, le dramatique, l’aventure (entre parenthèses: le titre l'Avventura est évidemment d'une ironie immense), est complètement annulé, par la vie ordinaire; l’assassinat, les flics, l’arrivée des deux femmes, la reconnaissance même de Locke, tout cela ne pèse pas devant la vie, qui va reprendre son cours, dans la petite ville…
Bruegel, Antonioni. Belgique, Italie.
Leurs œuvres sont d'une composition si claire et d'un dessin tellement sûr qu'il suggère la forme. J'insiste sur cette qualité du trait qui suffit, presque sans ombres, à évoquer le modelé. Très peu de profondeur, dans l'image.
Vous aimerez "La Chute d'Icare"...
Vous l'aimerez instinctivement sans chercher à comprendre l'intention du peintre, simplement parce que son coloris pur et nacré vous séduira et parce que vous êtes soudain en présence d'une composition nouvelle et d'un éclairage jamais observé. C'est le triomphe de la couleur transparente, de la lumière se jouant de la couleur: voyez le clapotis de l'eau au moment pathétique de la chute d'Icare. C'est le paysage qui l'emporte et c'est lui qui vous attire.
L'œuvre émeut non pas par l'illustration du "sujet" (y en a-t-il un?), mais bien par l'atmosphère dont elle est baignée et par leur puissance d'expression.
Beaucoup de personnages d’Antonioni, la femme de Nicholson visionnant les documentaires de son mari (The Passenger), Thomas dans Blow up, les deux enquêteurs de l’Avventura, se comportent devant le réel comme on peut le faire devant ce Bruegel, ils scrutent, examinent, cherchent, mais tout a déjà eu lieu, tout est passé, et il n’ y a rien à chercher…
Icare, le premier homme-volant, s'est approché du soleil, mais la cire qui attachait ses ailes fond. Icare tombe dans les flots... Et le paysan continue à creuser le sillon, le berger continue à garder ses moutons, le pêcheur continue à pêcher. La mort d'un homme, même d'un chercheur, est sans importance au milieu de la nature indifférente. Un idéal disparait?
Qu'importe aux hommes absorbés par leurs préoccupations personnelles. La vie continue.
L'éclipse...
Mais où il est, Icare? |
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Dr. Strangelove
Inscrit le: 12 Mai 2008
Messages: 329
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Posté le:
29 Juil 2008 à 19:48 Sujet du message: |
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Mais où il est, John Locke?
http://youtube.com/watch?v=A3EO6DS6IRQ&feature=related
La mort d'un héros hors-champ. Le travelling avant vers le rien, vers le vide, veut tout dire. Cadre dans le cadre: en faisant attention, on remarquera que le spectateur d'Antonioni se comporte exactement comme devant un Bruegel. Il cherche, il scrute, mais ne trouve rien; pas de métaphysique à l'œuvre, rien de "subtil". La modernité, en sorte...
Conneries à part, l'exécution technique de cette séquence m'a toujours impressionné au plus haut point. |
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Il sorpasso
Age: 18
Inscrit le: 07 Juil 2008
Messages: 72
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Posté le:
30 Juil 2008 à 9:31 Sujet du message: |
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J'ai lu pendant les vacances un article très intéressant de Pasolini sur Le Désert Rouge ("Je défends Le Désert Rouge"). Il expliquait dedans en quoi pour lui La Notte et surtout L'Eclisse étaient des films détestables. Pour lui, le contenu du film est juste prétexte à donner un aspect formel particulièrement esthétisant, quelque chose de presque bourgeois. Etant donné que le contenu est juste un prétexte, la problématique est pour lui alors trop générale, convenue et guère approfondie. Alors que dans Le Désert Rouge, il dit que ce que l'on voit à l'écran correspond au regard de la névrosée interprétée par Vitti, d'autant plus qu'Antonioni utilise les couleurs de manière très intéressante.
Je n'ai pas vu Le Désert Rouge mais il traîne quelque part dans mon ordinateur. J'ai aussi Profession Reporter que l'on m'a offert pour Noël... 2006, je crois et je ne l'ai toujours pas vu depuis ; mais je n'ose pas le regarder, j'ai peur que tout m'échappe. Ca ne m'a pas l'air du tout évidemment, je préfère encore attendre.
Il m'a semblé que ce que disait Pasolini sur L'Eclipse n'est pas complètement faux, mais j'apprécie tout de même beaucoup le film. (Mais Blow Up reste mon préféré.)
Ce n'est pas trop dans le sujet ; mais je crois que la personnalité d'Antonioni était difficile. Apparemment, Welles ne l'appréciait guère, le trouvait très égoïste. Et Tarkovski dans son Journal dit la même chose parce qu'il "maltraîte" son scénariste, Tonino Guerra avec qui il était ami.
Ta comparaison avec Bruegel n'est pas inintéressante (c'est un de mes peintres préférés, j'avais pu voir Les Chasseurs dans la Neige - que l'on voit d'ailleurs dans Solaris - La Tour de Babel et d'autres encore à Vienne, là étaient réunis ses plus grands tableaux). Cette comparaison ne m'aurait jamais traversé l'esprit ! |
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Stalker

Age: 17
Inscrit le: 11 Fév 2008
Messages: 725
Localisation: Haut-Rhin
Loisirs: Cinoch
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Posté le:
30 Juil 2008 à 10:46 Sujet du message: |
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Vu Blow Up, Profession : Reporter, Zabriskie Point et La Notte. Je les ai adoré tous les quatre, c'est une conception très intéressante du cinéma. |
_________________ http://kakazan.canalblog.com/ |
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Tagazok

Age: 20
Inscrit le: 10 Fév 2008
Messages: 658
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Posté le:
30 Juil 2008 à 15:36 Sujet du message: |
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J'ai bien aimé ta comparaison entre "La Chute d'Icare" et Antonioni.
Je n'ai vu que "Blow Up", "L'Avventura" et "La Nuit" ainsi que son court dans le film "Eros", et tous m'ont plutôt plu, surtout "L'Avventura" sur lequel j'avais écris un article (que je ferai mieux de corriger parceque je l'ai relu hier pour la première fois et ya un nombre assez effarant de fautes de frappe et d'orthographe dedans) ...
J'ai vraiment très envie de voir "L'Eclipse", "Le Désert Rouge" et "Profession Reporter" (ses autres films aussi, mais surtout ces trois là). |
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