sophie

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Posté le:
25 Fév 2008 à 11:29 Sujet du message: Les dents de la mer - Steven Spielberg (1975) |
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Aka Jaws.
Soit dit en passant, le type qui a trouvé la traduction française est un génie, parce que le titre français fonctionne aussi bien que le titre original.
Résumé (rapide, puisque tout le monde connait..) :
à l'approche de la saison touristique, une petite île voit ses plages transformées en territoire de chasse pour un grand requin blanc.
Critique
ATTENTION SPOILERS
Jaws est un film d'ambiance, et d'observation humaine et psychologique, avant d'être un film bourrin de grosse bebete.
Car même si le film commence cash sur une scène de dépiotage sanguinolent (assez drôle d'ailleurs), avec la fameuse petite musique que l'on connait bien, et même si de semblables scènes réapparaitront de-ci de-là, l'essentiel de l'histoire est basé sur la manière dont les hommes réagissent à l'attaque.
Et on les voit passer par différentes phases, depuis le déni pur et simple jusqu'à la hargne aveugle, en passant par l'illusion, les faux espoirs...
Trois personnages centraux dans ce film :
- le Shériff Brody, le "héros", si on veut. C'est-à-dire le personnage honnête, qui fait bien son boulot, qui pense à la vie des gens etc etc
- Matt Hooper, le spécialiste ès requins
- Quint, le chasseur de requins.
Ces trois hommes sont surtout intéressants les uns en regard des autres, car ils forment une sorte de "dégradé" dans le rapport au sauvage, au bestial.
Brody est clairement un homme civilisé jusqu'au bout des ongles, sa peur de l'eau semble être un symbole puissant de cet éloignement du monde sauvage.
Quint à l'opposé, est très peu civilisé, il vit non pas comme un animal, mais bien comme un homme qui fait corps avec la nature. Le sauvage fait partie de son monde. Il connait la mer, les requins, il a même passé, dans le temps, plusieurs jours dans l'eau avec eux.
On peut d'ailleurs se demander quelle signification a cette "anecdote" qu'il raconte à propos de son passé, car ça ressemble étrangement à une prise de conscience et un choix définitif, celui de quitter le monde faussement civilisé des humains (qui n'en balancent pas moins des bombes à la tronche de leurs contemporains...), et de passer "de l'autre côté".
Enfin Matt Hooper, le scientifique, semble être le lien ou la charnière entre les deux.
Car s'il apparait au début comme un jeune spécialiste enthousiaste et un peu naïf, il se révèlera plus tard, sur le bateau, bien moins naïf et gentil-poli qu'il n'y paraissait au premier abord. Alors que Brody les observe l'air bizarre, Hooper et Quint se font une beuverie en se montrant leurs cicatrices respectives. Rugosité masculine, bestialité, compétition entre mâles refont surface. Le sauvage n'est pas loin.
Ainsi tout se passe comme si, dans ce film, le requin n'était qu'un "prétexte", et un symbole. Le requin incarne le monde sauvage, qui vient chasser l'homme sur le territoire qu'il pensait civilisé, et qui l'attire ensuite au large, là où la loi humaine n'a plus d'effet.
Alors que le shériff résiste, alors qu'il pense encore en termes rationnels ("You're gonna need a bigger boat"), Quint, lui, est déjà passé de l'autre côté, au point d'arracher la radio. Ca devient un affrontement définitif avec le requin, et aucune aide extérieure n'est souhaitée.
Il y a quelque chose de désespéré dans cette chasse au requin, qui s'inverse pour se transformer en chasse à l'homme.
Et on sent le désespoir jusque dans la séquence finale, jusque dans le coup final qui fera exploser l'animal. Il ne s'agit pas simplement d'un "effet de style" pour foutre la trouille, retarder jusqu'à la dernière seconde, faire monter la tension etc...
Il y a un réel désespoir dans ce film, une réelle confrontation, tout autant intérieure qu'extérieure, entre l'humain et ce monde inconnu, insondable, qui l'attire et le répulse tout à la fois, dont le requin et la mer ne sont que la représentation symbolique.
Finalement, quel qu'ait été le choix de chacun des trois hommes, chaque choix ayant abouti à une issue différente, aucun ne reviendra pareil qu'il était avant (oui, bon, pour Quint, c'est évident, d'accord... ).
Et ceci est manifesté dans le film par le fait que les dernières images ne montrent pas du tout les "vainqueurs" rentrer au port et être célébrés en héros par leur communauté ; non, le film se termine sur un plan large de la mer, des plages, bref... sur le sauvage encore... |
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